Le secteur de la pêche en République de Guinée est loin de répondre aux attentes de la population Guinéenne. Pourtant , l’Etat Guinéen a , au cours de la dernière décennie , fourni assez d’efforts dans approvisionnement des marchés de Conakry tout comme ceux de l’intérieur du pays en poissons. Malheureusement , ces efforts sont jusqu’à date loin de répondre aux attentes des Guinéens. Pour comprendre ce qui est à la base de ce problème qui affecte sérieusement le panier de la ménagère , votre site d’information a rencontré à cet effet , Dr Mohamed Lamine Camara.
Qui est donc Dr Mohamed Lamine Camara ?
Dr Mohamed Lamine CAMARA est spécialiste des pêches et titulaire non seulement d’un diplôme d’Ingénieur d’Etat en Halieutique (gestion des pêches) de l’Institut Agronomique et Vétérinaire Hassan II de Rabat (Maroc), mais aussi master II et doctorant en écologie fonctionnelle et développement durable de l’Université de Montpellier II (France).
Sur le plan professionnel, notre interlocuteur a travaillé en qualité de chercheur biologiste des pêches de 2005 à 2017 au Centre National des Sciences Halieutiques de Boussoura et depuis juin 2017, il occupe les fonctions de Responsable Suivi & Evaluation du Programme Régional des Pêches en Afrique de l’Ouest pour la Guinée (PRAO-GN) , financé par la Banque Mondiale et le Fonds pour l’Environnement Mondial. Dr Mohamed Lamine Camara est aussi membre de la Commission Mondiale des Aires Protégées et Expert du Groupe de Travail sur les indicateurs écosystémiques en mer (Indiseas).
INTERVIEW EXCLUSIVE
Dr Mohamed lamine Camara bonjour ! Selon vous, quelle est la situation actuelle de la pêche maritime en Guinée ?
Dr Mohamed lamine Camara : bonjour et merci de l’opportunité que vous m’offrez pour parler de la problématique liée à pêche dans notre pays.
En Guinée, si l’agriculture fournit le riz, la pêche contribue majoritairement à la sauce. A titre de rappel, le guinéen consomme plus de 20kg de poissons par an. Ce qui démontre l’importance du poisson dans la sécurité alimentaire de nos concitoyens.
Le potentiel du système aquatique Guinéen est très important. Nous avons la chance d’avoir la mangrove le long du littoral et surtout des cours d’eau important comme Mélacoré, Fatala, Konkouré, Rio Nunez, Rion Pongo, qui apportent de la matière organique en mer et enrichissent le milieu marin guinéen. Ces différents facteurs contribuent à une forte productivité halieutique. Cependant, la pêche fait fasse à de nombreux défis ces dernières années. On peut citer entre autres :
§ Le faible approvisionnement du marché local en poisson : L’essentiel des captures de la pêche étant exporté vers les pays voisins (Sénégal, Sierra-Léone, Gambie….) ce , par le biais de la pêche artisanale à laquelle se livrent des étrangers issus de ces pays. Il ne faut pas oublier non plus les sociétés de pêche qui collectent des poissons nobles comme le machoiron (Konkoé), le bôbô, la sole (fagba) pour les exporter vers l’Asie et les USA ;
§ La forte représentation des pêcheurs étrangers dans tous les segments de la pêche : En effet, des enquêtes ont demontré que plus de 70% des pêcheurs artisans actuels sont des étrangers. Ceci sont mieux outillés et font usage de meilleures techniques de pêche par rapport aux pêcheurs artisans locaux ;
§ Le manque d’hygiène dans les débarcadères de pêche : Nos ports de pêche sont très salles et envahies d’ordures de toute sorte. Ce fût l’une des principales raisons du refus de l’UE d’importer les produits de pêche en provenance de la Guinée ;
§ L’insuffisance d’infrastructures de débarquement et de conservation des produits de pêche : Je vous signale que sur 235 ports de pêche sur le littoral guinéen , seulement neuf sont aménagés. Il s’agit de Kamsar, Koukoudé, Bongolon, Boffa Centre , Koba Taboriah , Soumba , Kaporo , Bonfi et Boulbinet. Les 226 autres de pêche ne disposent d’aucune infrastructure ;
§ Le vieillissement du personnel : A l’image de plusieurs départements ministériels du pays , le personnel du Ministère des pêches est vieillissant ;
§ La mauvaise gouvernance du secteur des pêches : A ce niveau , les Etats Généraux de la pêche ont été organisés en septembre 2013. Plusieurs recommandations ont été faites pour améliorer cette gouvernance marquée par la mauvaise gestion des Licences de pêche , la mauvaise répartition des attributions des Directions Techniques , le manque de transparence , la pêche illégale et non règlementée , des textes juridiques non conforment aux réalités actuelles. Après 8 ans , très peu de mesures ont été prises pour la mise en œuvre de ces recommandations. Et par conséquent , les mêmes problèmes persistent.
Quelles sont les pistes de solutions que vous préconisez ?
A mon humble avis, je pense qu’il faut commencer prioritairement à mettre en œuvre :
1. L’intégralité des recommandations des états généraux de la pêche de septembre 2013 ;
2. Promouvoir avec l’appui des partenaires financiers , le développement des infrastructures de débarquement des produits de pêche tout en prenant en compte les centres frigorifiques pour la conservation des produits de pêche à Conakry et à l’intérieur du pays. Ce , pour un meilleur approvisionnement du marché local en poisson ;
3. Impliquer les organisations professionnelles de la pêche dans le processus de nettoyage des ports de pêche , l’élaboration et la mise en œuvre des politiques de pêche ;
4. Promouvoir les emplois locaux dans la pêche par le renforcement de capacités des pêcheurs artisans locaux ;
§ Rajeunir le personnel du Ministère des pêche ;
§ Préparer la relève par le renforcement de capacité des jeunes cadres en matière de recherche scientifique halieutique , la surveillance des eaux territoriales , l’inspection des navires et des produits de pêche , le contrôle sanitaire des produits de pêche , le collecte , l’analyse et la publication de données statistiques sur la pêche en Guinée.
Dr Mohamed Lamine Camara , merci d’avoir répondu à nos questions !
Dr Mohamed Lamine Camara : C’est à moi de vous remercier.



