La question d’une éventuelle candidature du Général Mamadi Doumbouya alimente depuis vendredi dernier les débats au sein de la société guinéenne. Politiques, acteurs de la société civile et citoyens ordinaires expriment leur inquiétude et spéculent sur cette possibilité, qui pourrait redéfinir l’avenir politique du pays.
Pourtant, à son arrivée au pouvoir le 5 septembre 2021, le Général Doumbouya avait fermement déclaré que ni lui, ni les membres du Comité National du Rassemblement pour le Développement (CNRD), du gouvernement ou du Conseil National de la Transition (CNT) ne pourraient se présenter à des élections organisées pour le retour à un ordre constitutionnel. Cette déclaration, faite avec force et conviction, était une marque de fidélité à la Charte de la Transition, actuellement en vigueur pour gérer le pays.
Que dit la Charte de la Transition ?
La Charte de la Transition, document fondamental régissant la période actuelle en Guinée, est explicite sur cette question. Son article 46 stipule :
« Le Président et les membres du Comité National du Rassemblement pour le Développement ne peuvent faire acte de candidature ni aux élections nationales ni aux élections locales qui seront organisées pour marquer la fin de la Transition »,
De plus, l’article 55renchérit : « Le Premier Ministre et les membres du Gouvernement ne peuvent faire acte de candidature aux élections locales et nationales qui seront organisées pour marquer la fin de la Transition. »
Ces dispositions, très claires, étaient destinées à garantir que les principaux acteurs de la transition ne tirent pas profit de leur position actuelle pour se maintenir au pouvoir.
Un changement avec la nouvelle constitution ?
Alors que la transition approche de son terme, la rédaction d’une nouvelle constitution suscite de nombreuses interrogations. À ce jour, les informations préliminaires sur l’avant-projet de la constitution ne mentionnent aucune interdiction explicite empêchant les membres du CNRD, du gouvernement ou du CNT de se porter candidats aux prochaines élections. Cela ouvre donc la voie à une candidature légale du Général Mamadi Doumbouya, une hypothèse qui semble de plus en plus plausible.
Lors d’une rencontre récente avec les communautés guinéennes d’Europe, le président du CNT, Dansa Kourouma, a clairement laissé entendre que la nouvelle constitution respecterait le principe d’égalité des citoyens face à la loi. Il a précisé : « Je ne peux pas présager dans une constitution que c’est Paul ou Pierre qui peut être candidat, l’autre ne peut pas l’être. Si on le fait, c’est que la constitution est taillée sur mesure. Nous voulons le principe qu’on appelle le caractère général de la loi. »
Cette déclaration renforce l’idée qu’une fois la nouvelle constitution adoptée, le Général Doumbouya pourrait parfaitement briguer un mandat, sans contrevenir aux règles de la transition. La position de Dansa Kourouma s’inscrit dans la logique d’une transition qui serait guidée par une constitution inclusive, ouvrant la porte à tous les citoyens guinéens, y compris les actuels dirigeants de la transition.
Mobilisation et soutien grandissant
Le débat s’intensifie à Conakry et au-delà, avec de plus en plus de mouvements de soutien en faveur d’une candidature de Mamadi Doumbouya. Vendredi dernier, le ministre secrétaire général de la présidence, Général Amara Camara, a répondu à une question sur la possible candidature de Doumbouya, ajoutant encore plus de combustible aux spéculations. En parallèle, une forte mobilisation d’artistes guinéens en faveur du président de la transition a été observée, avec plusieurs chansons à la gloire du Général, encourageant implicitement sa candidature.
Des mouvements populaires se forment également dans la capitale, prônant une continuité du leadership de Doumbouya au-delà de la transition. Les artistes, figures influentes en Guinée, et divers groupes de citoyens se mobilisent pour soutenir une éventuelle candidature, nourrissant ainsi le débat national.
Alors que la Charte de la Transition actuelle interdit formellement toute candidature des membres du CNRD, du gouvernement ou du CNT aux prochaines élections, la nouvelle constitution pourrait changer la donne. Si elle est adoptée par le peuple, rien n’empêchera légalement le Général Mamadi Doumbouya de briguer un mandat. L’évolution de la situation politique guinéenne dépendra donc en grande partie des termes de cette nouvelle constitution, qui est très attendue par la classe politique et la population guinéenne.
Les prochaines années seront déterminantes, et tous les regards restent tournés vers le Général Doumbouya et les organes de transition. La question qui reste en suspens est de savoir si, après avoir mené le pays à travers cette période de transition, le Général choisira de se porter candidat pour conduire la Guinée vers un nouvel avenir constitutionnel.
Hamza Bah journaliste



